J'ai fouille, purée, j'ai fouillé.
Et je n'avais rien.
J'étais pourtant sûre d'avoir la monnaie du pain sur moi.
Quelque chose comme 1€50.
Modeste, mais au moins "quelque chose" a
donner.
Puis elle a mentionné d'autres dons qui lui seraient
utiles : nourriture, boisson, ticket de métro, cigarette, ticket resto, etc.
J'ai refouillé. Et rien.
Pas le moindre billet, pas la moindre piécette. Un billet
de 100 shekalim (monnaie israélienne, équivalent de 20€). Pas franchement utile
en France. Encore qu'elle aurait pu se rendre avec dans un bureau de change.
Mais cette idée ne me vient que maintenant en écrivant...
Je suis de "soirée filles" Apres une journée intense avec les enfants.
Je suis dans le RER, en route vers un bar parisien. Et je suis interpellée par la voix de cette jeune femme, qui demande de l'aide dans notre rame.
Quelque chose d'inhabituel. Est-ce sa jeunesse? Sa
fraîcheur? Sa franchise? Sa dignité?
De mémoire, elle est entrée avec sa chienne dans la rame.
Au premier abord, rien ne laissait présager une Sdf. Une classe naturelle, des
habits propres et ajustés. une fille propre sur elle, bien coiffée. Puis elle a ouvert la bouche.
Les ravages du scorbut, des
privations, voire de la violence, ai-je de suite pensé.
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| Le RER A. Parfois (pas souvent) un supplément d'humanité... |
Dans le silence de la rame, sa voix jeune et claire s'est
faite entendre:
"Je m'appelle Jennifer, j'ai 24 ans. Cela fait 5 ans
que je suis dans une situation difficile. Aujourd'hui, je vis essentiellement
de cachets dans événementiel. Je fais le service. J'arrive à peu près a m'en
tirer. Sauf certains mois, où j'ai du mal a tenir la fin de mois. J'habite dans
un foyer avec ma chienne. Et certains mois, je dois faire appel a votre
générosité pour finir le mois. La dernière semaine du mois.
Ce mois-ci, nous ne sommes que le 19, et j'ai déjà besoin
de vous. Croyez-moi, si je le pouvais, je ne serais pas là à mendier parmi
vous. Cela m'extrêmement difficile de prendre sur moi, et de faire appel à
votre générosité. C'est humiliant, voire dégradant. Je le fais car je n'ai pas
le choix. Je vous remercie par avance de m'aider. Par une petite pièce, un ticket restaurant,
etc."
Enfin, rien sauf un tampon.
Alors je l'ai arrêtée lorsqu'elle est passée pour
constater la maigreur de la récolte.
Je l'ai arrêtée. Et me suis excusée de n'avoir que cela a
lui offrir. Et je lui ai glissé un tampon (avec applicateur s'il vous plait!,
hermétiquement emballé) dans la main. Avec mon sourire le plus chaleureux.
Elle m'a dévisagée de ses grands yeux bleus. Et m'a mise
à l'aise.
"Votre sourire est déjà un grand cadeau.- Bon courage Madame. Vous en avez, je le sais.
- Merci"
Et elle est sortie, suivie de sa chienne.
La parenthèse s'est refermée. Je suis retournée dans ma
préchauffe mentale de soirée filles. Non sans garder dans un coin de mon
cerveau, pas encore embrumé, le souvenir de ce regard bleu immense, de ce
courage et cette faculté a positiver malgré l'adversité.
Merci Jennifer.

Tu lui as donné un tampon ET un billet de blog ! :-)
RépondreSupprimerJolie parenthèse, aussi difficile soit cette réalité...
Merci Caro de positiver ! Parfois j'aimerais me donner les moyens de créer une entreprise d'insertion pour ces personnes un peu perdus, mais qu'on sent pleines de courage, d'envie de s'en sortir...
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