My Laïfe

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jeudi 20 novembre 2014

J'ai fouillé !


J'ai fouille, purée, j'ai fouillé.
Et je n'avais rien.

J'étais pourtant sûre d'avoir la monnaie du pain sur moi. Quelque chose comme 1€50.
Modeste, mais au moins "quelque chose" a donner.

Puis elle a mentionné d'autres dons qui lui seraient utiles : nourriture, boisson, ticket de métro, cigarette, ticket resto, etc.

J'ai refouillé. Et rien.

Pas le moindre billet, pas la moindre piécette. Un billet de 100 shekalim (monnaie israélienne, équivalent de 20€). Pas franchement utile en France. Encore qu'elle aurait pu se rendre avec dans un bureau de change. Mais cette idée ne me vient que maintenant en écrivant...

 
Nous sommes mercredi soir.
Je suis de "soirée filles" Apres une journée intense avec les enfants.
Je suis dans le RER, en route vers un bar parisien. Et je suis interpellée par la voix de cette jeune femme, qui demande de l'aide dans notre rame.

Quelque chose d'inhabituel. Est-ce sa jeunesse? Sa fraîcheur? Sa franchise? Sa dignité?

De mémoire, elle est entrée avec sa chienne dans la rame. Au premier abord, rien ne laissait présager une Sdf. Une classe naturelle, des habits propres et ajustés. une fille propre sur elle, bien coiffée. Puis elle a ouvert la bouche.
Les ravages du scorbut, des privations, voire de la violence, ai-je de suite pensé.

Le RER A. Parfois (pas souvent) un supplément d'humanité...


Dans le silence de la rame, sa voix jeune et claire s'est faite entendre:
"Je m'appelle Jennifer, j'ai 24 ans. Cela fait 5 ans que je suis dans une situation difficile. Aujourd'hui, je vis essentiellement de cachets dans événementiel. Je fais le service. J'arrive à peu près a m'en tirer. Sauf certains mois, où j'ai du mal a tenir la fin de mois. J'habite dans un foyer avec ma chienne. Et certains mois, je dois faire appel a votre générosité pour finir le mois. La dernière semaine du mois.

Ce mois-ci, nous ne sommes que le 19, et j'ai déjà besoin de vous. Croyez-moi, si je le pouvais, je ne serais pas là à mendier parmi vous. Cela m'extrêmement difficile de prendre sur moi, et de faire appel à votre générosité. C'est humiliant, voire dégradant. Je le fais car je n'ai pas le choix. Je vous remercie par avance de m'aider.  Par une petite pièce, un ticket restaurant, etc."

 (elle égrène alors la liste mentionnée ci-dessus)

 Alors j ai fouillé, et refouillé mon sac a main. Mon sac a main de "soirée filles", qui flairait bon les petits verres qu on allait s'enfilait tranquillou, la sécurité d'avoir un toit, un foyer, un mari et des enfants qui m'attendent, un travail décent et bien rémunéré.
Et je n'ai rien trouvé.



Enfin, rien sauf un tampon.

Alors je l'ai arrêtée lorsqu'elle est passée pour constater la maigreur de la récolte.
Je l'ai arrêtée. Et me suis excusée de n'avoir que cela a lui offrir. Et je lui ai glissé un tampon (avec applicateur s'il vous plait!, hermétiquement emballé) dans la main. Avec mon sourire le plus chaleureux.

Elle m'a dévisagée de ses grands yeux bleus. Et m'a mise à l'aise.
"Votre sourire est déjà un grand cadeau.
- Bon courage Madame. Vous en avez, je le sais.
- Merci"

Et elle est sortie, suivie de sa chienne.

La parenthèse s'est refermée. Je suis retournée dans ma préchauffe mentale de soirée filles. Non sans garder dans un coin de mon cerveau, pas encore embrumé, le souvenir de ce regard bleu immense, de ce courage et cette faculté a positiver malgré l'adversité.

Merci Jennifer.

2 commentaires:

  1. Tu lui as donné un tampon ET un billet de blog ! :-)
    Jolie parenthèse, aussi difficile soit cette réalité...

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    1. Merci Caro de positiver ! Parfois j'aimerais me donner les moyens de créer une entreprise d'insertion pour ces personnes un peu perdus, mais qu'on sent pleines de courage, d'envie de s'en sortir...

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