Je conçois que ce titre puisse paraître provocateur. En
même temps, rien de tel qu'un peu d'ambition , un peu d'exigence, pour faire
avancer les choses.
Savez-vous vers quel projet sociétal vous souhaitez
emmener la France?
Certains n'ont pas attendu la fin des marches
républicaines du dimanche 11 janvier pour exprimer que s'il était important de
défiler, il était encore plus pertinent de se mettre au travail - le plus tôt
sera le mieux.
1. Par où
commencer?
Il y a 4 semaines, les français ont compris - un peu
tard et dans la douleur - que le pacte républicain voulu par nos aînés n'était
que l'ombre de lui-même.
Le mouvement de solidarité qui s'en est suivi ne peut en
aucun cas être interprété comme un "mais si, vous voyez, la République est
dans la rue"
Non, croyez-moi, la République est dans la constitution,
dans nos livres d'histoire-géo et d'éducation civique, dans notre système
judiciaire. Point.
Si nos dirigeants ont été exemplaires ces dernières semaines, si la présence de toutes
les familles politiques (ou presque) à cette marche illustre une chose, c'est qu'il
est grand temps d'aborder des thèmes de fond, qui dépassent les clivages et qui
sont substantiels à tout avenir politique, économique, sociétal de notre pays.
Mettons autour de la table tout le monde. Y compris le
Front national (non pas que cela soit ma tasse de thé, mais on ne peut ignorer
que près d'un français sur 4 se reconnaît dans les "valeurs" de ce
parti)
3. Vers où aller?
C'est sans doute le point le plus délicat, celui sur
lequel le fameux consensus est susceptible de voler en éclats rapidement.
Car de même que les Américains ont leur 11 septembre,
nous autres Français avons malheureusement notre 11 janvier...
De même que les Américains se sont sentis patriotes comme
jamais après cette attaque au cœur de ce qu'ils ont construit, les Français se
sont (r)éveillés à leur Francité.
Depuis 1998, je n'avais pas vu autant de drapeaux,
entendu autant la Marseillaise. Et cela m'a fait du bien. Ces symboles de notre
pays me semblaient jusque-là comme confisqués par une frange de la population
dont je ne partage pas le projet politique.
Et nous voilà aujourd'hui, à devoir composer avec ces
extrêmes, pour poursuivre l'esprit du 11 janvier. Soit. C'est bien le principe de la démocratie... et c'est
également l'avenir de notre République qui se trame.
Dessiner le 11 janvier (sans aucun mauvais jeu de mots)
Commençons par définir un cadre et des objectifs
D'aucuns me diront que tout projet sociétal est
indissociable d'un projet économique, lequel est loin de faire l'unanimité
parmi les présents à ces Assises Républicaines.
Soit. Mais tout le monde est d'accord sur quelques
(modestes) objectifs :
- assurer la sécurité des personnes et des biens- restaurer le respect des maîtres, et de l'autorité en général
- faire baisser le chômage - en particulier chez les jeunes
- encourager l'entrepreneuriat et l'emploi
- encourager les initiatives solidaires, qui créent du lien entre les individus, entre les générations.
Entre les français, tout simplement.
Entre tous les Français. Sans clivage.
Je voudrais terminer ce texte
en citant mon arrière-arrière-grand-mère, Fanny Marx, née en 1865 dans une
famille juive Lorraine (dont nous documentons la présence dans cette région
depuis le Moyen-Âge) .
Dans cette lettre de 1916, elle
remercie l'infirmière qui s'est occupé de son fils, Marcel (19 ans), mort à Verdun.
"Enfin, si le sacrifice de sa vie, joint à celles de tous ceux qui
furent servis en holocauste sur l’autel
sacré de la Patrie, arrivent en temps voulu à sauvegarder notre Chère France du joug barbare, et à lui conserver son rôle glorieux parmi les
Nations, alors nous n’oserons pas nous lamenter outre mesure, puisque en sa
vie réduite, notre cher Enfant aura du moins pu être un des vaillants artisans
du Droit et de la Justice".
Il nous appartient,
aujourd'hui, de faire en sorte que les personnes disparues sous la violence des
Merah, Kouachi, Coulibaly soient des vaillants artisans du Droit et de la
Justice.
Il nous appartient de sauvegarder notre Chère France. Pour qu’un
jour je puisse dire à mes enfants : « Heureux
comme un juif en France ».





